LETTRE À LA GÉNÉRATION 2000
ACCUSÉE À TORT D'AVOIR DÉÇU LES ESPOIRS D'UNE NATION EN QUÊTE DE RENOUVEAU | Frantz-Derly ALPHONSE, finissant en Sces de l'éducation à l'UPNCH
Chers Jeunes de la Génération 2000,
Je n'ai ni force ni assez de sens pour vous adresser mes salutations dans un contexte si douloureux que même ma plume a horreur de cracher son encre pour une quelconque fin. Mais, comme civilités l'exigent : « Ayibobo ! Ayibobo ! » À une telle période où vous ne savez même pas qui vous êtes, je suis persuadé qu'une telle expression vous soit insensée, aberrante. Au point qu'elle lasse votre oreille aujourd'hui, la vérité doit vous affranchir en vous disant qu'il fut une époque où elle donnait un élan concevable, ajustait l'insigne de liberté à chaque frère, sœur de misère et de la vie troublée en Haïti. Demander vous vos nouvelles c'est devenir coupable de ce que vous endurez. Force à vous ! Bon courage ! Moi aussi, je le vis. Et je sais pertinemment que vous vivez le pire. En dépit de tout, gardez l'espoir, lui qui a traversé toutes les générations antérieures et qui s'installe comme toile de fond de toutes les prédications du temps, qu'elles soient religieuses, politiques, sociales.
Ils vous considèrent comme la plus mauvaise génération que le pays ait connue. Mais, ils oublient que vous êtes aussi le résultat des générations précédentes. Cette construction sociale à laquelle s'appuient les soi-disant forgeurs de société pour déstabiliser « nous » qui n'avons rien commis à l'avance, mais mal-né, nous fait payer le pot cassé. Vous êtes jugés pour une éducation qu'ils vous ont inculquée eux-mêmes. Chaque jour qui passe, nous vivons entre critique et besoin de subsistance. Nous avons tout vu : le président de la République assassiné dans son domicile privé ; la majeure partie de la capitale inhabitée, prise par des bandes de gangs armés, alors que nos dirigeants échangent la chaise présidentielle chaque trois (3) mois. Même pour une seconde, ne croyez pas que vous soyez une jeunesse gâtée. Croyez plutôt que vous portez la croix des générations qui ont semé l'injustice, la vénalité, la corruption et qu'aujourd'hui vous ne subissez que le fruit des actes de ceux qui n'ont pas pensé à votre avenir.
En cet instant où je vous adresse ces quelques mots, j'ai le cœur qui s'arrache en voyant ce que le pays est devenu aujourd'hui. Cette Haïti d'aujourd'hui...Ah ! « gagòt ». Plus d'espoir, vos rêves sont dévitalisés et chaque jour est un hasard. Quand je vous regarde porter le poids des péchés de toutes les générations, j'en viens à croire comme mon frère Dudeley Metellus, que vous avez, un jour, lancé au diable un grossier mais retentissant : « FOUTRE ! »
Quel est votre avenir avec ces aléas sociopolitique si pénibles ? Allez-vous rester à prendre des balles perdues ? À laisser votre ville, votre maison, votre école sans savoir votre destination ? Ne soyez pas des lâches comme vos pères qui répètent sans cesse « mèsi Leta peyi m ». Levez ! Combattez non pas pour envenimer mais pour changer votre vie et assurer un avenir prometteur pour vous et vos fils. Au-delà des échecs, vous pouvez réussir. Oubliez les étiquettes et les stéréotypes qui vous induisent en erreur. Que celui qui n'a jamais péché jette la première pierre.
À la nouvelle Génération, vous qui lisez mes mots, je vous adresse directement. Partagez-les aux enfants, aux jeunes, à ceux qui n'ont pas encore goûté l'amertume de la rue. Dîtes-leur que la misère n'est pas une fatalité, elle peut être un outil de créativité. Apprenez à voir derrière les mensonges de nos dirigeants, à ne pas accepter le silence comme une loi. Faîtes de votre voix un flambeau. Que vos blessures servent de prévention à vos futurs enfants. Que votre douleur ne soit pas vaine. Car si vous vous taisez aujourd'hui, demain, ce seront vos enfants qui porteront le poids de vos chaînes invisibles.
Savalouwe Compatriotes !
Force à vous Génération 2000 !

